vendredi 6 juillet 2018

Tes dents râpeuses font des accrocs sur mon dos
Ce mot léger tout en volume vole dans mes plumes
Je repasse, j’accroche et toi tu décroches
Je plie les petites montagnes dans ma poche pour qu’elles ne soient pas en interaction avec le reste.
Le pli est léger, la plume est douce et le crocodile ne fait même pas peur.
Ce son est doux, léger et si lisse que ça glisse sur mes dents.
Tellement d’accrocs, ça râpe, ça fait mal, pour la douceur on repassera.
Toute cette joie qui court, légère comme une plume, ça ne fait aucun pli, je suis accrochée, en lien avec tout le reste.
Repasser les plis, accrocher la joie, tout ça sans peur, sans accroc, pour toujours plus de douceur qui court.
Plumes sans plis, courent dans les montagnes râpeuses. Nul besoin de repasser.







Ce k-way rose fushia qui me faisait honte que portait ma grand-mère à la sortie de l’école. Cette robe bleue marine à motifs boutonnée jusqu’en haut que portait mon arrière grand-mère le dimanche après-midi lorsque nous venions prendre le goûter chez elle. Cette casquette de pêcheur que portait mon grand-père lorsque nous allions à la mer. Ce t-shirt à paillettes qui brille que porte ma nièce lorsqu’elle vient passer l’après-midi chez mes parents. Cette chemisette beige, un brin démodée que porte mon père lorsqu’il ose venir à une exposition. Cette longue robe trop grande que porte ma mère si petite et si frêle au mariage de mon cousin. Ces collants orange que portait une amie lors d’une soirée déguisée, un peu arrosée. Ce manteau violet moelleux et confortable que portait ma soeur pour aller essayer son nouveau vélo un matin de Noël. Ce gilet blanc tricoté par ma mère, porté par ma nièce le jour de sa naissance. Ce gilet à capuche informe qui boulotte que porte ma meilleure amie lorsqu’elle reste chez elle.




On a mélangé le linge de maison avec des morceaux d’étoffes délicats et précieux.
On a mélangé l’utile et le nécessaire à la coquetterie.
On a mélangé ce qui râpe, ce qui absorbe à ce qui glisse, ce qui dévoile.
On a mélangé le quotidien au merveilleux.
On a mélangé l’avoir à l’être.
On a mélangé le savon noir et le vinaigre blanc au parfum de la lavande et de la fleur d’oranger.
On a mélangé la propreté à la délicatesse.
On a mélangé des morceaux de temps, d’histoires et de moments.





J’aimais beaucoup le dimanche midi chez mes grands-parents en Bretagne, l’été.
C’était toujours le même rituel, rassurant. Pendant que ma grand-mère cuisait les homards dans la cuisine, en parlant tout le temps et très fort comme à son habitude, nous allions mon frère, ma soeur et moi, accompagner mon père et mon grand-père dans le bourg de la ville. 
Nous marchions une quinzaine de minutes en sautillant et sautant un peu partout. 
« Comment cette maison peut-elle cohabiter avec cette immense rocher de granit? » « C’est beau ici mais pfffiou il y a vraiment trop de vent »  
« Dîtes, on pourra aller se baigner cet après-midi ? » 
Une fois dans le bourg, mon père et mon grand-père allaient au tabac presse. le journal du jour pour mon père, quelques jeux à gratter pour mon grand-père. Nous, notre mission était simple mais très importante : aller à la boulangerie pour acheter le pain et les gâteaux individuels pour le dessert. Mon grand-père nous avait donné la monnaie nécessaire et j’avais l’impression d’avoir une sacrée somme entre les mains. Nous faisions la queue, d’un air sérieux et attentif. Nous énumérions la liste des gâteaux à acheter. «Un baba au rhum pour papi, un cygne à la crème pour mamie, une tarte aux fruits pour maman, un Paris-Brest pour papa». C’était toujours la même liste. Avant d’y aller, tout le monde faisait semblant d’hésiter mais de façon invariable, c’était toujours la même liste. Bizarrement je n’ai aucun souvenir de ce que mon frère et ma soeur prenions. Je crois surtout qu’on tenait à cette mission pour pouvoir choisir les plus gros gâteaux dans la vitrine. Je me souviens encore de cette grosse boîte en carton que l’on devait transporter avec grande précaution sur le chemin du retour. L’émotion et la surprise suscitée par l’ouverture de celle-ci. 
Et puis surtout de l’inlassable blague de mon grand-père : 
« Quoi ? Vous m’avez pris un baba au rhum ? Mais je n’aime pas du tout ça moi.»
Je plongeais à chaque fois.




J’aimais beaucoup le mercredi midi où je rêvassais seule dans la cuisine. Le mercredi midi c’était «dinde à la moutarde au four». Je n’ai jamais aimé la viande et je n’aimerais jamais ça je crois. Mais voilà, j’avais 8 ans, il fallait que je grandisse bien. «Arrête tes caprices, ne fais pas de chichis, pense aux petits enfants qui n’ont rien à manger.» Alors le mercredi midi, dinde à la moutarde dans mon assiette. Mon frère et ma soeur finissaient vite et pouvaient aller jouer dehors ou dans la salle à manger. Mais moi, je n’y arrivais pas, vraiment pas du tout. L’aspect, la texture, la couleur, tout ça me répugnait. J’imaginais l’oiseau vivant et ça me filait encore plus la nausée. Alors je restais seule. Seule tout l’après-midi, jusqu’à ce qu’il ne reste rien dans mon assiette. Je jouais seule sur cette grande table en bois. Le tic-tac de l’horloge pour rythmer tout ça. Mon verre devenait un vaisseau, mon couteau et ma fourchette de drôles de personnages. J’inventais des chansons, des histoires. Les miettes sur mon set de table étaient de formidables compagnons. Puis mon chien sortait de sa sieste, venait poser sa grande tête sur mes genoux et reniflait mon assiette. Je regardais par la porte si ma mère pouvait me voir et hop, de façon très discrète et furtive, je donnais les bouchées de dinde une à une à mon chien. Ces moments là étaient privilégiés et calmes pour moi qui naviguait au sein d’une famille nombreuse. Alors aujourd’hui, je mange du tofu mais à chaque fois que l’on sert de la dinde à la moutarde dans ma famille, je repense à ces moments privilégiés dans cette cuisine si vide et si silencieuse.






Hier j'ai participé à un atelier d'écriture. Nous avons parlé de tissu, de nourriture, de souvenir.
C'était fort et dense et j'ai osé écrire des choses.
Avant j'écrivais et puis il y a eu le dessin et depuis j'ai beaucoup de mal à faire cohabiter les deux.
Mais ce genre d'exercice me dit que c'est possible.
Alors cet été, je pars en vacances avec des stylos et des petits carnets qui ne demandent qu'à être rempli.

PS : Il y a sûrement des fautes qui traînent dans ces textes écrit d'un jet, je m'excuse par avance !

2 commentaires:

  1. Ils sont beaux, Marion, tes souvenirs de famille. Bel été à toi, avec des carnets qui se couvriront de tes mots et des traits.

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    1. Merci beaucoup Hélène. On se retrouve à la rentrée avec des carnets plein de mots alors. Bel été aussi !

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